Large, plissé, presque une jupe-culotte pour qui le découvre pour la première fois, le hakama est l'un des vêtements japonais les plus reconnaissables et pourtant l'un des moins bien compris en Occident. Porté aujourd'hui par les pratiquants d'arts martiaux japonais du monde entier, il a une histoire bien plus ancienne et bien plus riche que son usage contemporain ne le laisse penser. Né à la cour impériale, adopté par les samouraïs, codifié jusque dans le nombre de ses plis : le hakama est un vêtement qui porte littéralement une philosophie sur lui.
Hakama : les origines de ce vêtement japonais
Le hakama (袴) apparaît au Japon dès la période Heian (794-1185), où il est porté à la cour impériale comme vêtement officiel, aussi bien par les hommes que par les femmes selon des coupes différentes. À cette époque, il s'agit d'un vêtement de prestige, réservé à la noblesse, qui signale le rang social de celui qui le porte par la qualité de son tissu et la précision de sa coupe.
Sa forme originelle s'inspire des vêtements de cour chinois importés au Japon plusieurs siècles auparavant avec les grandes vagues d'influence continentale. Mais comme pour de nombreux éléments empruntés à la Chine, les Japonais ne se contentent pas de le copier : ils l'adaptent progressivement à leurs propres usages et à leur propre climat, jusqu'à en faire un vêtement qui n'a plus grand-chose de chinois dans sa forme finale.
Le hakama à la cour impériale japonaise
À la cour de Heian, le hakama fait partie d'un ensemble vestimentaire complexe et hiérarchisé, où chaque pièce, chaque couleur et chaque motif indique précisément le statut de celui qui la porte. Les nobles de haut rang portent des hakama de soie aux couleurs réservées à leur position, tandis que les fonctionnaires de rang inférieur doivent se contenter de coupes et de matières plus modestes. Cette codification stricte du vêtement comme marqueur social est une caractéristique constante de l'histoire vestimentaire japonaise, qui se retrouvera plus tard dans les lois somptuaires de l'époque Edo.
Le hakama féminin de cette période, plus ample et porté par-dessus plusieurs couches de kimono superposées, fait partie de l'ensemble appelé jūnihitoe, littéralement "douze couches", l'une des tenues les plus complexes et les plus lourdes jamais portées dans l'histoire du vêtement japonais.
Pourquoi les samouraïs ont adopté le hakama ?
C'est à partir de la période Kamakura (1185-1333), quand la classe guerrière prend le pouvoir au Japon, que le hakama devient véritablement associé à la figure du samouraï. Le vêtement de cour aristocratique se transforme progressivement en pièce fonctionnelle adaptée au combat et à l'équitation, deux activités centrales dans la vie d'un guerrier de cette époque.
Sa coupe ample offre une liberté de mouvement essentielle pour les techniques de sabre et les arts martiaux à mains nues, tout en dissimulant les jambes de façon à masquer les déplacements et les appuis aux yeux d'un adversaire. Porté par-dessus le kimono et maintenu par un système de liens noués selon une technique précise, le hakama devient l'un des éléments vestimentaires distinctifs du samouraï, au même titre que le sabre ou l'armure.
Signification du hakama : les sept plis et le Bushido
Ce qui distingue fondamentalement le hakama d'un simple pantalon ample, c'est sa charge symbolique. Contrairement à beaucoup de vêtements traditionnels dont la signification s'est diluée avec le temps, celle du hakama reste précisément codifiée et enseignée aujourd'hui encore dans les dojos du monde entier.
Les sept plis du hakama et les vertus des samouraïs
Le hakama traditionnel comporte sept plis : cinq sur le devant et deux sur l'arrière. Selon la tradition transmise dans les arts martiaux japonais, chacun de ces plis représente une vertu du bushido, le code moral des samouraïs. Les cinq plis avant symbolisent généralement jin (la bienveillance), gi (la droiture), rei (le respect), chi (la sagesse) et shin (la sincérité). Les deux plis arrière représentent chu (la loyauté) et koh (la piété filiale).
Cette symbolique, qu'elle soit historiquement antérieure ou rétroactivement attribuée au vêtement par les écoles d'arts martiaux modernes, est aujourd'hui enseignée comme un rappel quotidien des valeurs que le pratiquant doit cultiver. Enfiler son hakama avant l'entraînement devient ainsi un petit rituel de centrage, une façon de se rappeler concrètement, geste après geste, les principes que l'on s'efforce d'incarner sur le tatami.
Umanori et Andon-bakama : les deux types de hakama
Il existe deux grandes familles de hakama qui se distinguent par leur construction. Le umanori, littéralement "à cheval", est divisé en deux jambes séparées comme un pantalon classique, à l'origine conçu pour faciliter l'équitation. C'est la forme la plus répandue aujourd'hui, utilisée dans la majorité des arts martiaux. L'andon-bakama, en revanche, ressemble davantage à une jupe longue sans séparation entre les jambes, offrant une silhouette plus fluide mais moins adaptée aux mouvements amples.
Cette distinction entre les deux coupes n'est pas qu'une question esthétique. Le choix de l'une ou de l'autre dépend directement de l'usage auquel le vêtement est destiné, et certaines écoles d'arts martiaux ont des préférences marquées selon les techniques qu'elles enseignent et la liberté de jambe qu'elles requièrent.
Le hakama dans les arts martiaux japonais
Le hakama n'a pas disparu avec la fin de l'ère des samouraïs. Il a au contraire trouvé une seconde vie, peut-être plus durable encore que la première, dans la pratique des arts martiaux japonais codifiés à partir de la fin du XIXe siècle.
Le hakama en aikido, kendo et iaido
Dans l'aikido, le hakama est généralement réservé aux pratiquants ayant atteint un certain niveau, marquant ainsi une progression dans l'apprentissage et une reconnaissance du sérieux de l'engagement du pratiquant. Dans le kendo, art du sabre japonais moderne, il fait partie intégrale de la tenue dès les premiers niveaux, porté avec le keikogi et protégé par l'armure bogu lors des combats. Dans l'iaido, l'art de la dégaine du sabre, le hakama est indispensable dès le début de la pratique, ses plis amples masquant les mouvements précis des jambes qui sont au cœur de cette discipline.
Cette variation dans les règles d'attribution du hakama selon les écoles et les disciplines en dit long sur la diversité des arts martiaux japonais, qui partagent un héritage vestimentaire commun tout en développant chacun leurs propres traditions et leur propre rapport à la symbolique du vêtement.
Comment porter et nouer un hakama correctement
Nouer correctement un hakama demande de la pratique et fait partie de l'apprentissage initial dans n'importe quel dojo qui en exige le port. Le vêtement se maintient grâce à quatre liens, deux à l'avant et deux à l'arrière, qui s'enroulent selon une séquence précise autour de la taille avant de se nouer dans le dos. Cette technique de nouage, transmise oralement et par démonstration de maître à élève, varie légèrement selon les écoles mais répond toujours à la même exigence : un maintien sûr qui ne se desserre pas pendant l'effort physique intense de l'entraînement.
Apprendre à plier correctement son hakama après chaque session est également considéré comme une part importante de l'apprentissage dans de nombreux dojos japonais traditionnels. Ce geste, répété des centaines de fois au fil des années de pratique, est lui-même perçu comme un exercice de discipline et de respect envers l'équipement, cohérent avec la philosophie du bushido que le vêtement est censé incarner.
Le hakama dans la culture et la mode japonaise aujourd'hui
Au-delà du dojo, le hakama continue d'occuper une place vivante dans certaines traditions sociales japonaises, et son esthétique distinctive a également trouvé un écho inattendu dans la mode contemporaine.
Le hakama de cérémonie pour la remise de diplôme
L'une des occasions où le hakama reste très largement porté aujourd'hui au Japon est la cérémonie de remise de diplôme universitaire. De nombreuses étudiantes japonaises choisissent de porter un ensemble kimono et hakama coloré pour cette occasion, perpétuant une tradition qui remonte à l'introduction de l'enseignement supérieur féminin à l'époque Meiji, quand les premières étudiantes adaptaient les codes vestimentaires masculins de l'éducation pour affirmer leur place dans des établissements jusque-là réservés aux hommes.
Cette tradition de la remise de diplôme en hakama est aujourd'hui un marqueur culturel fort, photographié et célébré, qui mêle nostalgie pour la tradition japonaise et affirmation d'un moment de passage important dans la vie d'une jeune adulte. Les boutiques de location de kimono et hakama pour cette occasion connaissent un pic d'activité chaque année au printemps, période traditionnelle des remises de diplômes au Japon.
L'influence du hakama sur le streetwear japonais
Dans le streetwear japonais contemporain, la silhouette ample et la construction plissée du hakama ont inspiré plusieurs créateurs en quête d'une identité vestimentaire japonaise forte sans pour autant reproduire le vêtement traditionnel à l'identique. Des marques comme Kapital ou Visvim ont proposé des pantalons larges et des jupes-culottes directement influencés par la coupe du hakama, intégrant cette silhouette historique dans des pièces résolument contemporaines, taillées dans des matières techniques ou du denim plutôt que dans la soie ou le coton traditionnels.
Cette réinterprétation du hakama dans la mode actuelle illustre une dynamique que l'on retrouve dans de nombreux autres domaines de la culture japonaise : la capacité à puiser dans un patrimoine vestimentaire ancien sans le figer, en le faisant dialoguer avec des usages et des esthétiques entièrement nouveaux.
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FAQ - Questions réponses à propos du hakama
Quelle est la différence entre un hakama et un kimono ?
Le kimono est une robe longue portée comme vêtement principal, fermée par une ceinture obi. Le hakama est un pantalon large ou une jupe-culotte porté par-dessus le kimono ou par-dessus une veste de pratique dans le contexte des arts martiaux. Les deux vêtements se combinent traditionnellement, le hakama venant compléter et structurer la tenue.
Pourquoi le hakama a-t-il sept plis ?
Selon la tradition transmise dans les arts martiaux japonais, ces sept plis symbolisent les vertus du bushido : bienveillance, droiture, respect, sagesse, sincérité, loyauté et piété filiale. Cette symbolique fait du hakama bien plus qu'un simple vêtement fonctionnel, en faisant un rappel constant des valeurs morales que le pratiquant cultive à travers son entraînement.
Faut-il un certain niveau pour porter le hakama en arts martiaux ?
Cela dépend de la discipline et de l'école. En aikido, le hakama est souvent réservé aux pratiquants ayant atteint un niveau intermédiaire ou avancé, marquant une étape de progression. En kendo et en iaido, il fait généralement partie de la tenue dès les premiers niveaux d'apprentissage. Chaque dojo a ses propres règles à ce sujet.
Le hakama est-il uniquement porté par les hommes ?
Non, le hakama a une longue histoire de port féminin au Japon, depuis la cour impériale de l'époque Heian jusqu'aux tenues de remise de diplôme contemporaines. Dans les arts martiaux modernes, hommes et femmes portent généralement le même hakama, sans distinction de coupe particulière.
Peut-on porter un hakama en dehors d'un contexte martial ou cérémoniel ?
Oui, bien que ce ne soit pas une pratique courante dans la vie quotidienne japonaise contemporaine. Certaines pièces inspirées du hakama, plus accessibles et moins codifiées, existent dans la mode japonaise actuelle pour ceux qui souhaitent s'approprier cette silhouette sans pour autant porter le vêtement traditionnel dans son contexte d'origine.
Le hakama est l'un de ces vêtements qui prouvent qu'un objet du quotidien peut porter une philosophie entière sur lui, pli après pli. De la cour impériale aux dojos du monde entier, en passant par les podiums de la mode japonaise contemporaine, il a traversé plus de mille ans d'histoire sans jamais perdre ce qui le rend reconnaissable : une silhouette ample qui dissimule autant qu'elle révèle, et qui continue de rappeler à celui qui le porte les valeurs qu'il est censé incarner.

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